L’esprit de bonne correspondance remis à l’honneur aux Joncaux

La Ville a donné le nom de « Passage des Traités de Bonne Correspondance » à un cheminement situé dans le quartier des Joncaux, entre la rue du Siège et la rue des Corsaires.

L’inauguration officielle de ce nouveau toponyme s’est tenue début janvier 2026, à l’initiative des associations Agora Txingudi, dédiée à l’étude de l’histoire locale, et Endaika, engagée dans la défense du patrimoine maritime.

Au-delà du simple dévoilement d’une plaque, cette matinée se voulait un temps de transmission et de mémoire collective. Elle a permis de rappeler une période où la mer constituait à la fois un espace d’aventure, d’échanges et de prospérité pour les trois Provinces maritimes basques. Tandis que la Biscaye et le Guipuzkoa se tournaient vers le Venezuela, les Antilles et l’Amérique du Sud, le Labourd privilégiait la pêche à la morue sur le Grand Banc et voyait dans Louisbourg, au Canada, un véritable Eldorado, où de nombreux Hendayais s’étaient établis. Ces territoires partageaient une même culture maritime fondée sur la course, le personnel maritime, la construction navale et la solidarité en mer.

C’est dans ce contexte qu’émergèrent les Traités de Bonne Correspondance, éléments majeurs d’un patrimoine maritime à la fois matériel et immatériel. Plusieurs accords furent conclus au fil du temps, les deux derniers étant signés en 1675 et en 1694, au milieu de la Bidassoa, sur l’Île des Faisans. Paradoxalement, ce sont les conflits quasi permanents et l’intense activité corsaire de l’époque qui donnèrent toute leur portée à ces textes. Initialement conçus comme de simples accords commerciaux entre villes, puis entre provinces, ils furent régulièrement renouvelés et renforcés à chaque nouvelle guerre, jusqu’à acquérir un formalisme et une portée habituellement réservés aux pouvoirs royaux.

L’instauration d’une véritable zone de paix

Ces traités prévoyaient notamment des amnisties sur terre et sur mer, la définition d’une zone territoriale d’application allant de Castro Urdiales à Vieux-Boucau, l’établissement de passeports délivrés à Bayonne, Saint-Sébastien et Bilbao afin de limiter l’action corsaire, ainsi que la création d’une zone franche de quatre lieues (22 km) pour les navires marchands français et espagnols. Ils instaurèrent ainsi une véritable zone de paix au cœur d’un espace en guerre, permettant non seulement la survie, mais aussi le développement du commerce maritime régional, fondé sur la réciprocité, le droit et la bonne correspondance.

Malgré des conditions météorologiques peu clémentes, la cérémonie de début janvier a rassemblé un public nombreux, ainsi que des représentants du Musée Maritime Basque de Saint-Sébastien, d’Albaola de Pasajes, d’Itsas Beguia de Ciboure, de la Confrérie des Corsaires de Saint-Jean-de-Luz, du C.P.I.E. et de la Cité des Mémoires, tous engagés dans la valorisation du patrimoine maritime basque. Les maires de Hendaye Kotte Ecenarro et Igor Enparan de Hondarribia ont accompagné cet événement aux côtés des associations organisatrices.

La rencontre s’est poursuivie à la salle municipale des Joncaux, où historiens et acteurs du patrimoine ont présenté les causes ayant conduit nos ancêtres à concevoir et appliquer ces accords singuliers, avalisés à l’époque par les pouvoirs centraux. Dans un esprit de continuité symbolique, un traité de Bonne Correspondance, sans valeur juridique, a été signé par les maires et associations afin d’ouvrir une réflexion commune sur la mise en valeur du patrimoine maritime.

Autour d’un moment convivial préparé par les membres de Agora Txingudi, les échanges d’idées ont été nombreux. Plusieurs pistes ont été évoquées : la comparaison des archives de Hondarribia et d’Hendaye, le rappel du proche 400ᵉ anniversaire de l’opération de l’Île de Ré ayant conduit à l’attribution des Joncaux à Hendaye, ou encore le souhait de voir le navire San Juan faire escale à Louisbourg lors d’une future traversée.

Cette inauguration aura surtout permis de réaffirmer une volonté partagée : celle de renforcer les échanges, la coopération et l’entraide entre les acteurs du patrimoine maritime, dans l’esprit même des Traités de Bonne Correspondance, qui privilégièrent le dialogue et le droit là où d’autres choisissaient la force.

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