L’euskara, une langue vivante au cœur d’Hendaye
Reconnaître officiellement l’euskara comme langue du territoire de la commune d’Hendaye n’est ni un geste symbolique sans lendemain, ni une remise en cause de la place de la langue française. C’est un acte de responsabilité, de fidélité à notre histoire et de confiance dans notre avenir commun.
La langue basque appartient au patrimoine de la France. Elle est aussi une composante essentielle de l’identité, de la culture et de la vie quotidienne de notre territoire. À Hendaye, l’euskara n’est pas une langue importée ou accessoire : elle y est parlée depuis des siècles, elle a façonné des noms de lieux, des traditions, des familles, des associations et une manière particulière d’habiter notre ville. La reconnaître, c’est donc prendre acte d’une réalité historique et contemporaine.
Cette reconnaissance s’inscrit pleinement dans le cadre républicain. La Constitution affirme, dans son article 2, que « la langue de la République est le français ». Elle précise également, dans son article 75-1, que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ». Ces deux principes ne s’opposent pas. Le français demeure la langue de la République, des institutions nationales et de l’égalité des droits ; l’euskara, comme les autres langues régionales, constitue une richesse patrimoniale que les collectivités peuvent contribuer à préserver et à transmettre.
La délibération adoptée au Conseil municipal le mercredi 30 septembre ne crée donc aucun droit général d’usage du basque dans la sphère publique. Elle ne modifie pas le cadre légal. Elle affirme simplement que la langue basque est une langue du territoire d’Hendaye et que la commune souhaite, dans le cadre de ses compétences, participer à sa sauvegarde, à sa transmission et à sa valorisation.
Cette décision s’appuie sur une histoire locale particulièrement forte. Depuis plus de quarante ans, Hendaye mène une politique volontariste en faveur de l’euskara. Dès 1983, notre ville fut la première commune d’Iparralde à consacrer 1% de son budget municipal à la langue basque. Cette orientation pionnière démontre que la politique linguistique municipale ne dépend pas d’une majorité particulière. Elle est le fruit d’un travail continu, mené au fil des mandats et des sensibilités politiques, par des élus, des agents municipaux, des associations, des enseignants, des familles et des citoyens engagés.
Chacune et chacun a apporté sa pierre à cet édifice. Beaucoup de personnes présentes dans la vie municipale ont d’ailleurs œuvré en faveur de l’euskara avant même d’être élues. Cette continuité mérite d’être saluée. Elle montre que la défense de la langue basque peut rassembler largement, dès lors qu’elle est envisagée comme une politique culturelle, éducative et citoyenne, et non comme un sujet de division.
Hendaye a déjà obtenu des résultats concrets. La commune a signé, en 2015, un Contrat de progrès avec l’Office public de la langue basque et l’Agglomération Sud Pays Basque.
Ces engagements se traduisent aussi dans la vie quotidienne des habitants. Le service Euskara a été renforcé par la création, depuis avril 2024, d’un deuxième poste de chef de projet, en lien direct avec la direction générale des services. Cette organisation permet de mieux assurer la transversalité de la langue basque dans l’ensemble des politiques municipales.
La communication de la Ville a également été développée : signalétique, supports bilingues, réseaux sociaux et information aux habitants. Depuis le 1er septembre 2022, un agent bilingue à temps plein contribue à cette dynamique. Un accueil en euskara est proposé dans plusieurs services municipaux, notamment l’état civil, la médiathèque, le cinéma, Mendi Zolan et la piscine. La formation des agents se poursuit, avec une prime attribuée à ceux qui obtiennent les diplômes B1, B2 ou C1, tandis que des espaces de pratique de type Mintza Praktika sont proposés pour favoriser l’usage de la langue.
Les chantiers à venir sont nombreux : faire vivre la langue basque dans les commerces, désigner des référents linguistiques dans les services, poursuivre le projet d’enseignement immersif, sensibiliser les élus, renforcer l’accompagnement des associations et travailler sur la toponymie. Cette dernière dimension est importante, car les noms de lieux racontent l’histoire d’un territoire. Les préserver et les faire connaître, c’est transmettre une mémoire collective.
Défendre l’euskara, ce n’est pas opposer les langues. C’est au contraire accepter qu’un territoire puisse être pleinement républicain, ouvert et solidaire tout en assumant son histoire et sa pluralité culturelle. La connaissance du français reste indispensable à la cohésion nationale et à l’égalité entre les citoyens. La pratique de l’euskara apporte, quant à elle, une richesse supplémentaire : elle crée du lien, favorise la transmission, renforce l’ancrage local et ouvre sur l’ensemble de l’espace basque.
Oui, à Hendaye, nous soutenons l’euskara. Nous le soutenons parce qu’il est une part de notre patrimoine et qu’il appartient à notre histoire. Nous le soutenons avec le français, dans le respect du droit et des valeurs républicaines. Et nous continuerons à enrichir le travail entrepris depuis tant d’années, afin que la langue basque demeure une langue vivante, visible et partagée.